L’amour, ce colibri qui résiste

Sommaire

Il y a des matins où le monde semble lourd. Trop lourd. Les nouvelles s’accumulent, les écrans défilent, et l’on se surprend à retenir son souffle, comme si l’air lui-même était chargé d’angoisse. Pourtant, dans le métro bondé, une femme sourit à un inconnu qui bâille. Un enfant tend un dessin à sa voisine de palier. Un collègue glisse un mot gentil sur un post-it : « Bon courage pour la journée ». Rien de grand. Rien d’héroïque. Juste des gestes minuscules, des ailes de colibri qui battent contre la morosité.

Créer du lien, c’est notre arme douce.

Pas besoin de manifester, de crier, de brandir des pancartes (même si parfois, c’est nécessaire). Il suffit de choisir, chaque jour, de ne pas laisser l’amertume nous voler nos sourires. Faire sourire un inconnu, c’est comme déposer une goutte de miel dans l’océan d’acidité ambiant. Ça ne changera pas le monde en un jour, mais ça change notre monde, là, tout de suite. Et puis, qui sait ? Peut-être que ce sourire sera contagieux. Peut-être que l’inconnu sourira à son tour à quelqu’un d’autre. Le colibri, lui, ne se demande pas si son bec est assez gros pour éteindre l’incendie. Il fait sa part.

Mais attention, le piège guette.

Combien de fois avons-nous préféré avoir raison plutôt qu’être en lien ? « Non, c’est MOI qui ai dit ça en premier ! », « Tu exagères, c’est pas ce que j’ai voulu dire ! »… Thomas Ansemberg, ce fin observateur des relations humaines, nous invite à nous arrêter un instant : « Est-ce que je veux être en lien, ou est-ce que je veux avoir raison ? » La question est simple, mais elle fait mal. Parce qu’elle révèle nos petites vanités, nos ego qui s’accrochent à des miettes de pouvoir. Pourtant, quand on choisit le lien, quelque chose de magique se produit : les murs s’abaissent, les visages s’adoucissent. On respire.

Alors, comment faire ? Par où commencer ?

  • Un compliment sincère à la boulangère, même si son pain est un peu trop cuit aujourd’hui. « J’adore votre sourire le matin, ça me donne de l’énergie. »
  • Un message inattendu à un ami qu’on n’a pas vu depuis trop longtemps. « Je pense à toi. Pas besoin de répondre, juste envie de te le dire. »
  • Un silence partagé avec un proche, sans chercher à combler le vide par des mots. Parfois, être ensemble sans rien faire, c’est déjà un acte d’amour.
  • Laisser la place à l’autre dans la conversation. Sans chercher à rajouter du « moi je fais ci, j’ai fait ça, ah et puis moi…moi…moi.. »
  • Un rire complice avec un collègue sur l’absurdité d’une réunion interminable. « On dirait qu’on est dans un épisode de The Office… »

Bien sûr, il y a des jours où l’on n’a envie de rien. Où l’on préfère bougonner dans son coin, où le monde peut bien aller se faire voir. C’est humain. Mais même dans ces jours-là, un petit geste peut fendre l’armure. Un « ça va ? » lancé à la va-vite, un café offert à un SDF, un câlin à un enfant qui râle. L’amour, aujourd’hui, c’est une résistance en pointillés. Pas un grand amour romantique qui fait trembler les montagnes, mais une multitude de micro-liens qui tissent, jour après jour, une toile invisible. Une toile qui nous retient de tomber.

Alors, la prochaine fois que vous croiserez un regard, un sourire, une main tendue… souvenez-vous du colibri. Et faites votre part.